220 Volts, de Joseph Incardona – éd. Fayard

Un couple de gens tranquilles. Mariés depuis quelque temps déjà, deux enfants au compteur, encore petits. De l’eau dans le gaz, un peu de frustration, l’usure des sentiments, la lassitude, et une pointe d’agacement, de plus en plus venimeuse. Lui, écrivain de thrillers d’espionnage à succès, porte fièrement son pseudonyme foireux, Ramon Hill, mais n’arrive plus à écrire une ligne. Elle lui propose alors, tant pour relancer la machine littéraire que pour remettre les choses à plat entre eux, de partir deux semaines à la campagne. Rien de révolutionnaire donc : Joseph Incardona reprend des situations classiques, des personnages qu’on a l’impression de connaître aussi bien que de vieux amis.

Mais il ne faut pas y voir un quelconque manque d’imagination, au contraire. Incardona fait partie de ceux qui savent que tout à déjà été raconté, et qui, plutôt que de s’engager dans une surenchère de n’importe quoi pour se démarquer, admettent cette situation et tentent d’en tirer profit. Sans non plus tomber dans la parodie, l’écrivain d’origine suisse réutilise les codes du roman noir pour en extraire une substance nouvelle, pleine de vitalité et d’énergie. La tension qui étouffe peu à peu l’intrigue, il la construit subtilement, phrase après phrase, insinuant dans ses mots ce soupçon de paranoïa qui va progressivement contaminer tout le récit. Fine et ciselée, très plaisante à suivre, la plume d’Incardona s’assombrit au fil des chapitres, la pointe d’humour sarcastique basculant dans une noirceur âpre. Un événement impromptu, l’électrocution de Ramon Hill, agit presque comme un élément fantastique, faisant chavirer le roman dans les sombres tréfonds de la psychologie du personnage principal, rongé par la culpabilité, la jalousie, la haine et la vengeance. Pour ne rien gâcher, Joseph Incardona a aussi compris autre chose : qu’il ne sert à rien de tartiner des pavés de 500 pages pour tenir son lecteur en haleine. Encore une fois, il opte pour un texte lapidaire, à la mécanique si étincelante qu’elle en devient imparable.

Mars 2011, 198 pages, 15 euros.
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2 commentaires pour 220 Volts, de Joseph Incardona – éd. Fayard

  1. Lolo dit :

    Je viens de découvrir un polar hors normes, vraiment intelligent, que je conseille à votre rédaction : Moi comme les chiens de Sophie di Ricci (chez les Moissons rouges). C’est du très bon il faut foncer !

  2. Lolo dit :

    Bien sûr j’ai aimé. Vous savez de quoi ça parle le prochain Jaguar ???

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