La messe est dite, de Marc Villard & Eugénie Lavenant – éd. Matière

Comme à leur habitude, les éditions Matière se placent à la lisière de la bande dessinée, cette collaboration entre l’écrivain Marc Villard et la dessinatrice Eugénie Lavenant se rapprochant plus du texte illustré. Hormis une poignée de planches muettes, le découpage reste immuable : le récit de Villard, dont le dépouillement est souligné par la classique mais toujours efficace police « machine à écrire », se place en bas, tandis que le dessin s’installe au-dessus, en pleine page.

Pour raconter ce conflit des générations entre des vieux bandits attachés à leur pétoire et des nouveaux gangsters en costume trois pièces soucieux d’éviter les effusions de sang, Eugénie Lavenant choisit de se détacher imperceptiblement du texte. Plutôt que de platement mettre en images les mots de Villard, elle se concentre sur le décor, se focalise sur un détail ou sur ce que les personnages voient. Ce faisant, elle crée un petit décalage qui, ajouté à quelques détails étranges, comme ce fils à l’apparence féminine, vrille l’ultraréalisme des graphismes. Son noir et blanc oscille d’ailleurs entre une précision photographique et des compositions plus abstraites, plus mystérieuses, à observer un bon moment pour comprendre de quoi il retourne. Les génériques de début et de fin ajoutent une dimension très cinématographique à l’ensemble, cette Messe est dite prenant des airs de documentaire avec voix off. Très marquée par les années 1980 et la génération Bazooka, Olivia Clavel et compagnie, l’esthétique de Lavenant n’est pas sans évoquer un autre livre de Marc Villard : Cauchemar climatisé, paru en 1987 chez Futuropolis, et pour lequel l’écrivain avait travaillé avec Romain Slocombe. Il n’y a qu’à la fin, pour le dialogue qui met père et fils face à face, que les illustrations recollent au texte, provoquant une accélération du dénouement, brutal. Un album au charme atypique, dont les traits glacés et l’écriture coupante se répondent vigoureusement.

Avril 2011, 116 pages, 17 euros.
(Article paru sur le site Noir comme polar)
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