Le Porte-Lame, de William Burroughs – éd. Tristram

Cadeau inattendu, fruit des aléas de la traduction, voilà que sort de nulle part un inédit de William Burroughs. Ecrit en 1979, ce Porte-Lame succinct vaut pourtant beaucoup mieux qu’un fond de tiroir, comme on nous en ressort parfois. Dans une New York post-apocalyptique désossée, mi-Venise inondée où cohabitent requins et crocodiles, mi-Londres « après le Blitz », l’Américain signe un texte ambivalent : le titre original, Blade Runner (A Movie), résume sa forme bâtarde, entre nouvelle et scénario de film, avec ellipses et montage alterné. Pour construire son intrigue, Burroughs a pioché dans le Bladerunner de Alan Nourse (1974). Il lui a non seulement emprunté son titre, mais a aussi repris une bonne partie de ses situations et de ses personnages, comme un écho à ses collages littéraires, et fait également de gros clins d’œil à George Orwell, notamment en situant en 1984 les émeutes qui ravagent la ville de New York.

Rapide, bondissant d’une scène à l’autre, Le Porte-Lame se dévore à cent à l’heure, enchaînant les saillies violentes, grotesques ou provocantes. Au programme : orgies de lépreux, naturistes vindicatifs, Wasp racistes, soldats de Dieu belliqueux. L’auteur du Festin nu met en scène une New York décadente, menacée par un virus du cancer foudroyant, dans laquelle il n’est possible de se soigner qu’en ayant recours à la médecine clandestine. Entre une scène d’opération insensée, une théorie sur le trafic de sperme et une poignée de répliques vitriolées, Burroughs vilipende la paranoïa de notre monde moderne, assimilée à une épidémie mortelle. Certes, la force de l’écriture n’équivaut pas à celle de ses meilleurs textes. Mais Le Porte-Lame reste une décharge de science-fiction timbrée comme seul l’ami de Ginsberg et Kerouac savait les concocter.

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Bernard Sigaud, janvier 2011, 96 pages, 14 euros.
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