Adieu Gloria, de Megan Abbott – éd. Le Masque

Peut-on faire plus cliché que le personnage de la femme fatale ? Sublime mais venimeuse, Gloria est de cette trempe : une vipère mortelle perchée sur des jambes à se damner. La coqueluche des caïds de la mafia, dont elle gère les recettes des casinos et des hippodromes. Megan Abbott s’applique à mettre en place un décor familier, très classique, celui des vieux romans noirs : Cadillac Eldorado rutilantes, robes soyeuses, restaurants aux banquettes acidulées, et tables de jeux enfumées où l’on peut tout perdre, jusque son âme. Avec, au-dessus de cet amas de stupre et de billets verts, l’ombre du Milieu, infatigable machine à engranger les bénéfices et à faire disparaître les corps des gêneurs. Seulement, si Megan Abbott use de tous ces clichés, c’est pour mieux imposer son ton âpre et son histoire atypique. Une histoire de femmes, dont les hommes sont quasiment exclus. Celle d’une jeune comptable qui s’ennuie et devient l’assistante de la capiteuse Gloria, avant de s’enticher d’un playboy flambeur et de trahir sa patronne. S’ensuit alors un duel implacable, dont une seule sortira indemne. L’intrigue est simple, prenante, entretenue par des rebondissements adroits, mais là n’est pas le plus important. Megan Abbott limite en effet au maximum les scènes d’action. Toute la tension de son roman, vu à travers les yeux de la jeune traîtresse vénale, se concentre dans des dialogues subtils, pétris de sous-entendus, d’amour et de haine mêlés, ou dans des épisodes terrifiants cristallisant la lutte à mort entre Gloria et sa disciple. Aux antipodes de l’élégant décor, l’écriture de l’Américaine, rêche et acérée, instille à ces années 1950 une fureur lancinante, qui laisse deviner l’issue tragique de ce face-à-face acharné. Une relecture féroce et ingénieuse des mythes du roman noir américain.

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Nicolas Richard, février 2011, 260 pages, 19,50 euros.
(Article paru sur le site Noir comme polar)
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