L’homme qui se laissait pousser la barbe, de Olivier Schrauwen – éd. Actes Sud-L’An 2

Avec son titre à rallonge et sa couverture mystérieuse (l’ancien roi des Belges Leopold ?), L’homme qui se laissait pousser la barbe dégage immédiatement quelque chose de différent. Recueil d’histoires courtes, il étonne d’abord par sa fantaisie esthétique : des techniques de dessin à l’utilisation de couleurs, en passant par le découpage ou le ton des dialogues, Olivier Schrauwen ne cesse de métamorphoser son vocabulaire graphique, changeant parfois de style d’une case à l’autre. Pêle-mêle, il évoque les vieilles bandes dessinées du début du XXe siècle, l’art des vitraux, les illustrations désuètes d’un livre pour enfants, Kasimir Malévitch, Marc Chagall ou le folklore slave – ou quelque chose approchant, on ne sait pas trop. Eclatant ou neurasthénique, son dessin instable dégage une aura ambigu, à la frontière du rêve et de la réalité, qui embrume tout le recueil.

Quant aux récits en soi, sans queue ni tête, baignés dans un surréalisme loufoque, ils déboussolent. Néanmoins, des fils d’Ariane finissent par apparaître dans ce labyrinthe d’intrigues absurdes. Des images deviennent récurrentes, des situations s’accordent, des connexions s’opèrent : le Belge Olivier Schrauwen dissémine des graines qui, au fil de la lecture, germent peu à peu. Et puis il y a ce type barbu qui semble s’inviter dans chaque histoire… Les thèmes dominants émergent. Réflexion sur le pouvoir de l’imagination et particulièrement du dessin, L’homme qui se laissait pousser la barbe arrive à parler de la bande dessinée et de la force des images tout en restant ludique. Rarement un ouvrage aura réussi à être aussi inventive, farfelue et, en même temps, profondément moderne. Au gré des échos et des éléments que veut bien nous lâcher l’auteur, l’album devient de moins en moins obscur, s’achevant même sur une nouvelle, L’Imaginiste, limpide et éloquente. Ambitieux, L’homme qui se laissait pousser la barbe est un livre exigeant, de ceux qui dévoilent leurs secrets avec parcimonie. Et une bonne dose d’extravagance.

Traduit du néerlandais par Thierry Groensteen, novembre 2010, 112 pages, 22 euros.
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