Le Chien dans la vallée de Chambara, de Hugues Micol – éd. Futuropolis

Il y a quelques semaines à peine, nous évoquions La Planète des Vülves, bande dessinée pornographique où un Hugues Micol sans complexes libérait toute sa fougue créatrice. Voilà que paraît en ce début d’année 2011 un autre album du même Micol, et cette fois, l’enthousiasme laisse carrément place à l’éblouissement. Situé dans un Japon fantasmé, celui des ninjas, des shoguns et des nobles toujours prêts à s’ouvrir le ventre pour une question d’honneur, Le Chien de la vallée de Chambara nous entraîne dans une de ces tragiques histoires de famille. Laissée pour morte dans sa jeunesse par trois voisins lâches avides de récupérer les richesses de ses parents, la belle Maraki Zatu revient des années plus tard, devenue maître des arts martiaux, pour assouvir sa vengeance. Un scénario à la Kill Bill qui, à première vue, frise la parodie. Mais en recycleur habile, Micol retombe toujours sur ses pattes, et finalement, la quête de Maraki Zatu prend un tour complètement inattendu, le manichéisme initial s’effaçant au fur et à mesure que les personnages gagnent en humanité. La magie du dessin fait le reste. S’il a plutôt tendance à utiliser le noir et blanc, l’auteur de Séquelles laisse ici éclater ses couleurs. Les vêtements somptueux, la nature ensorcelante, les bâtisses luxuriantes, les esprits maléfiques : Micol souligne à l’extrême les éléments de son décor pour en libérer toute la saveur, et donner à son récit des airs de théâtre bariolé, rappelant les estampes japonaises avec une pincée de kitsch assumé. Sublimé par le très grand format de l’album, son découpage s’affranchit des vignettes, les personnages s’échappent des cases et virevoltent sur le papier. Les graphismes s’animent, les compositions lumineuses, pleines d’audace, éclaboussent des pages entières. Mais Micol fait de la bande dessinée et non de la peinture, et il le sait : il prend soin de ne pas ralentir la lecture en entretenant constamment l’énergie de sa narration. Jamais il ne se prend au sérieux – le texte subtil, faussement épique, ou les dialogues piqués d’humour sont là pour nous le rappeler. Et c’est peut-être là la recette de son talent, guidé par un plaisir et une spontanéité communicatifs.

Janvier 2011, 64 pages, 16 euros.

A LIRE > Du même auteur : La Planète des Vülves.

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