L’envers du décor, de Joseph Wambaugh – éd. Le Seuil

Parmi les mastodontes du polar made in USA, Joseph Wambaugh jure. Aux rebondissements qui ne surprennent plus personne et au suspense érigé comme premier argument de vente, lui préfère des romans malins et finement construits. Ancien inspecteur à Los Angeles, il s’attache à raconter le bitume, les journées passées à patrouiller dans les rues, les tracas de l’administration, la pression des habitants, paranoïaques depuis le 11 Septembre. Toute la première partie du bien nommé L’Envers du décor se présente ainsi comme une immersion dans le quotidien des forces de police d’Hollywood. Escrocs minables, exhibitionnistes défoncés, cambrioleurs au rabais, conducteurs avec trois grammes dans le sang : ici, les méchants ne sont pas grandiloquents et les gentils ne sont pas des héros. Les acteurs ratés sont des deux côtés, tant chez les flics que chez les bandits – Hollywood oblige. S’appuyant sur sa propre expérience dans les rues californiennes, Wambaugh sait mettre le doigt sur le détail saugrenu ou l’anecdote bizarre qui donnera à son récit cet incomparable goût de vécu.

Pourtant, L’Envers du décor n’est pas parfait, loin de là : à mi-parcours, l’écrivain américain se concentre de plus en plus sur une bande d’arnaqueurs empotés. Or en resserrant l’intrigue sur eux, il néglige la construction chorale qui rendait le roman aussi addictif qu’une série télé. Apparaissent alors quelques longueurs, et une poignée de scènes auxquelles on pourrait presque reprocher leur côté romanesque, alors que le livre reposait jusqu’ici sur son côté terre-à-terre. D’autant que depuis les années 1970, durant lesquelles Wambaugh a imposé son point de vue singulier, de l’eau a coulé sous les ponts : nombreux sont désormais les auteurs à avoir choisi ce créneau, poussant plus loin l’immersion dans l’ordinaire des hommes en uniformes. Il n’empêche, mise à part une pointe de discours pro-police qui a parfois tendance à surgir ici ou là et le style un peu vieilli, Joseph Wambaugh signe un polar à taille humaine, nourri de lâcheté, d’échecs et d’égoïsme.

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Robert Pépin, octobre 2010, 470 pages, 22,50 euros.
(Article paru sur le site Noir comme polar)
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