Eiland 5, de Tobias Schalken & Stefan Van Dinther – éd. Frémok

A l’écart du monde, exilés sur leur île (Eiland en flamand), Tobias Schalken et Stefan Van Dinther travaillent, depuis plus de dix ans maintenant, sur les possibles de la bande dessinée. Eiland 5, au passage superbement édité par le Frémok qui a fabriqué un livre sublime, n’est donc pas un album au sens classique du terme, mais plutôt un laboratoire ou, comme le décrit justement l’éditeur, un « mille-feuilles ». Recueil d’histoires plus ou moins longues, de dessins, de peintures, de montages, Eiland 5 met en lumière un univers esthétiquement époustouflant, et sémantiquement très poussé. Schalken et Van Dinther renouvellent sans cesse leur vocabulaire graphique, adaptent leur technique, leur medium et leur support au sujet qu’ils traitent, remettant en cause l’interaction primordiale entre le texte et l’image, et suggérant du même coup une réflexion sur la place prépondérante de l’image dans notre société.

Les deux Néerlandais passent ainsi d’un extrême à l’autre : aux bandes dessinées muettes répondent des histoires bavardes, proches du texte illustré, quand ce ne sont pas d’autres formes qui sont explorées – le rébus, le jeu vidéo ou le cinéma. Le décalage créé, dans certains récits, entre le texte et l’image, permet de superposer plusieurs niveaux de lectures : celui du texte, celui de l’image, et celui, inhabituel, déstabilisant, formé de leur association incongrue. Les expérimentations sur la mise en page, les blancs, les volumes et le mouvement décuplent encore la puissance des travaux du duo, qui sort la bande dessinée de son système traditionnel pour bâtir de nouveaux rapports entre espace (de la planche) et temps (de lecture, ou de la narration). Objet ludique et savant, Eiland 5 recèle en outre des histoires baignant toujours dans cette étrangeté née de l’originalité formelle des auteurs. Emouvant (Echo et rebond), amusant (Jim le rusé fait une pause), sarcastique (Le Leader du peuple), troublant (Folklore), Eiland 5 élabore un univers subtil et nimbé de poésie, capable de capter l’essence des relations humaines avec une finesse rarement approchée.

Traduit du flamand par Lison d’Andréa, octobre 2010, 220 pages, 20 euros.
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