Exit Music, de Ian Rankin – éd. Le Masque

Générique de fin pour John Rebus. Dans dix jours, c’est la retraite. Jack Palance vient de mourir, quelques heures à peine avant que le footballeur Ferenc Puskas, le légendaire Hongrois du Real Madrid, ne suive le même chemin. Sale temps pour les héros. La cigarette n’est plus autorisée dans les pubs, désormais embaumés par les seules vapeurs éthyliques, et la petite bourgade provinciale qu’est Edimbourg se la joue métropole internationale, espère l’indépendance et se laisse dévorer par ses envies d’argent frais. Même les méchants ont changé : désormais ils portent des costards bien coupés, se présentent comme des hommes d’affaires respectables, et leur immoralité rime malheureusement avec légalité. Que reste-t-il alors à ce dinosaure de John Rebus ? La foi, un peu. L’intuition, parfois. Mais surtout cette obstination, aveugle et anachronique, qui lui apporte plus d’ennuis qu’elle ne résout les crimes : c’est finalement avec l’establishment ou avec sa hiérarchie qu’il rencontre le plus de problèmes, et non pas avec les bandits qui sont censés lui mener la vie dure.
Sur une intrigue qui bifurque sans cesse, rendue plus dense encore par la tension qui grandit au fur et à mesure que le gong de la retraite approche, Ian Rankin signe un roman mélancolique, désabusé, hanté, finalement très émouvant et très profond malgré sa retenue. Perdu entre ses envies de vengeance, ses fantasmes de justicier et la basse réalité de la vie, Rebus s’égare dans une histoire sans gloire, terrifié à l’idée de devenir un retraité paisible pendant que dehors, les bandits courent toujours. Loin des clichés habituels des derniers jours du bon flic qui résout pile à l’heure l’enquête de sa vie, Exit Music se traverse comme une dernière nuit d’errance résignée dans les ruelles sombres et glacées de l’hiver d’Edimbourg, lorsque l’on sait qu’au petit matin, malgré les coups et l’alcool, on retrouvera son chemin, réchauffé par les premiers rayons du soleil.

Traduit de l’anglais (Ecosse) par Daniel Lemoine, octobre 2010, 450 pages, 22 euros.
(Article paru sur le site Noir comme polar)
Publicités
Cet article, publié dans Ecosse, Littérature anglo-saxonne, POLAR, est tagué , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s